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Sally Nyolo: “Je veux me battre pour les pygmées”
A la faveur d'un sixième album, la cantatrice du bikutsi réapparait au Cameroun et reprend la parole. Comme comblée et assurément resplendissante, elle a passé l'éponge sur quelques déconvenues locales et pose les bases d'un nouveau départ. Désormais poussée par Sony Music, la diva tranquille tient son rang avec générosité et hauteur.
Votre dernière apparition publique au Cameroun remonte à il y a près de dix ans, quand vous étiez venue présenter l'album « Zaïone » à l'hôtel mont Febe à Yaoundé.
Il y a eu ensuite « Mémoire du Monde » pour lequel on ne vous a pas vue chez nous. Vous ne revenez que maintenant avec votre sixième enregistrement « La Nuit à Febe ». Que s'est-il passé?
(Rires). Il n'y a que vous pour me poser une telle question. Il y a eu la vie. Et la vie, c'est des roses et quelques épines. J'ai vécu la vie avec plusieurs casquettes. Je suis maman, je suis producteur, artiste et je suis simplement une personne qui a besoin de se lever le matin, de se motiver, de faire du sport, d'être un individu qui a besoin de s'accomplir. Et pour ça, la vie est rose et épines parce que ce sont les expériences de la vie qui font l'individu. Pourquoi je ne suis pas venue présenter « Mémoire du Monde » [éditions La Paya, 2007] alors que j'en avais envie ? A ce moment-là, j'avais changé de maison de disque et suis devenue producteur à part entière. Lusafrica, qui était mon partenaire pendant un bon moment, ne l'était plus pour cet album. Il a donc fallu que je trouve mes repères. Et mon management est devenu solidaire. La production n'était plus de la coproduction mais de la production à part entière. Et mon management est même devenu mon éditeur pour m'assurer une certaine pérennité et un bon accueil à « Mémoire du Monde ». Et on a trouvé un bon distributeur. La vie a fait aussi que je ne puisse pas défendre cet album sur scène. Je n'ai pas vraiment fait de concerts avec lui. Peut-être trois. Mais ça a été difficile pour des raisons de santé. Je ne l'ai jamais dit à la presse. Et je crois que vous êtes le seul et le premier à qui je le dis. Des raisons de santé m'ont empêché littéralement de défendre « Mémoire du monde » qui était sorti quinze jours auparavant.
Bien des choses semblent avoir changé après 2002 puisque, depuis vos débuts en solo, vous avez habitué le public au rythme d'un album tous les deux ans... « Mémoire du monde » ne viendra que cinq ans après « Zaïone » en 2002 et semble être l'album qui vous propulse dans une autre dimension.
Oui, effectivement, Sally Nyolo a découvert un monde qu'elle cherchait depuis longtemps : son continent. C'est ma première fondation sur la terre de l'Afrique où je venais en permanence et essayais de concrétiser des choses. Effectivement, j'étais entre deux mondes, deux continents. Le fait de ne pas être trop d'un côté ni trop de l'autre n'a pas aidé non plus. J'ai, bien sûr, fait « Mémoire du monde » mais je n'étais pas plus à Yaoundé ou plus à Paris. Mais, c'est vrai que d'une façon invisible, j'avais besoin de venir ici pour faire les relais. Vous ne le savez peut-être pas mais « Mémoire du monde » a été réalisé avec des musiciens du Cameroun que je commençais à impliquer dans mes productions. Il fallait que je sois là pour, souvent, donner le relais et travailler l'esprit d'une production comme je le voulais. Et effectivement, on peut dire que « Mémoire du monde » était un album ni du Cameroun, ni de la France. Il y a également eu un vide parce que j'ai commencé à m'intéresser à la scène camerounaise et à regarder les artistes, pas seulement pour ma production personnelle mais pour voir ce qui se passait. Ces envies que j'avais de faire les choses ici m'ont pris du temps. Ça prend du temps de s'intéresser à quelqu'un, d'investir un sentiment, de l'écouter et d'avoir envie de faire quelque chose. Mais, c'est resté un vœu pieux parce que je n'ai pas encore réussi à faire ce que je voulais avec les artistes du Cameroun. Mais je continue à y travailler. Quand je vois le temps que je mets à faire mes propres albums, je me dis que pour faire du bon travail avec d'autres artistes, il me faut autant de temps. Ça ne peut pas être en un voyage de trois semaines.
La communication autour de votre nouvel album, « La Nuit à Febe », semble mettre en avant Sony Music, la major avec laquelle vous l'avez réalisé. Une major, croit-on, c'est des contraintes. Or, on sait de vous que vous êtes intraitable sur une sorte de pureté et de vérité de la musique...
(Rires). Il faut que je casse cette image que l'on a des majors. Ça a été une histoire de rencontre avec cette major en particulier. Elle avait de Sally Nyolo, comme vous le dites, l'image d'une personne intraitable. C'est ce qui leur a plu. Et quand je suis arrivée avec cet album chez Sony Music, et ça, je vous le dis à vous, avec dedans des chansons en français comme « Love », ils étaient émerveillés et se sont écriés : « waoh ! Tu chantes en français, on pensait que c'était uniquement en langue ! » Parce qu'ils aiment la langue eton et les langues que je chante. Ils aiment ce côté intransigeant de la perception de ce que j'ai envie de montrer, de la manière dont je perçois les rythmes du continent. Ils aiment ça et ils étaient rassurés. Les gens ont du mal à croire que j'ai rencontré Sony Music après avoir fait tout l'album. Ils croient que c'est eux qui m'ont imposé des chansons en français comme « Love » ou comme « Toi et moi ». Ça fait partie du travail que moi j'ai envie de faire pour amener le monde à nous regarder, à nous comprendre. Sony Music l'a bien perçu et c'est pour cela que nous ferons quatre albums. Et c'est eux qui sont venus avec l'idée d'un long contrat parce qu'ils recherchent une racine dans l'authenticité. Ça aurait pu me faire peur parce que jusqu'à cet album, j'étais productrice et maître de mes propres choses. Ils m'ont juste proposé un ingénieur du son pour remixer les sons que j'avais déjà enregistrés. Là où j'avais 20 pistes, il n'y en a peut-être plus que 16 parce qu'ils en ont ôté quelques unes. C'est tout ce qu'ils ont fait. Et ils vont surtout travailler la promotion. La « Nuit à Febe » est partout. J'ai accès aux médias qui étaient un peu plus fermés. Mais sinon, ils me laissent tout à fait libre de composer et de travailler. Ils sont contents de cette rencontre et il leur manquait cette dimension dans leurs écuries, on va dire (rires).
Quand on écoute « La Nuit à Febe », après avoir précisément écouté « Mémoire du monde », on se demande ce que vous faites du bikutsi et si, décidément, en musique, tous les mélanges sont possibles...
Oui, je le dis parce que moi je me suis inspirée de tous les mélanges pour faire le bikutsi que je fais aujourd'hui. Quand je suis partie du Cameroun dans mon enfance, je n'avais que les voix du rythme bikutsi. Le bikutsi que je fais n'existe que parce que j'ai mis un projecteur dessus, sinon, il n'existe nulle part comme je le fais. Il est l'ouverture à l'interprétation des basses et du reggae que j'aimais. J'ai voulu refaire un pont entre les calebasses. Et les calebasses, je ne les ai jamais entendues comme je les joue. C'est un travail que j'ai fait et dont je suis l'unique dépositaire. Je le dis, je le maintiens et je le sais. J'ai apporté cette dimension dans les Zap Mama et j'ai continué de le faire dans le bikutsi de Sally Nyolo. Le son que vous entendez, les calebasses que vous entendez, personne ne les joue comme je les joue. C'est une recherche musicale que j'ai faite à partir d'une perception de l'instrument qui n'existait pas. Je me demandais comment les femmes d'antan faisaient pour faire du bikutsi alors qu'elles n'étaient pas musiciennes. Elles prenaient ce qu'elles avaient à portée de main. Je me suis dit que même si je n'avais pas été femme au village, je suis femme aujourd'hui qui cherche. J'ai commencé à chercher et rassembler des calebasses. Et je ne parle pas des calebasses coupées que les Maliens retournent et jouent avec les mains, souvent dans des bassines d'eau. Non. Ce n'est pas ce que j'ai fait depuis quinze ans, depuis « Tribu » [Lusafrica, 1996]. Le son que vous entendez dans la chanson « Tam Tam », c'était l'unique calebasse avec la voix. Le bikutsi que je fais, avec ce son précis, c'est moi qui l'ai inventé. Je ne parle pas de celui qui existe et dont je me suis inspirée. Je parle de celui de l'interprétation qui a donné cette musique internationale avec un son international. C'est le fruit d'une réflexion et d'une interprétation personnelle. J'ai un son personnel. Le bikutsi est toujours dans ma musique et je ne me suis jamais trompée. Quand je commence une chanson, je prends toujours les mêmes calebasses avant de faire venir n'importe quel musicien de par le monde. Voilà mon bikutsi.
Toujours est-il qu'il y a chez vous, depuis quinze ans, un besoin irrépressible de revenir toujours au pays pour fouiner et fouiller dans le patrimoine culturel des terroirs. Pourquoi ?
Justement, l'inspiration dont nous parlons, c'est le village, c'est de la récupération, c'est l'esprit, c'est la musique et comme je le disais dans « Multiculti » [Lusafrica, 1998]. L'esprit, c'est la musique, c'est les histoires. Quand je vais au village, j'écoute le mendjang [balafon], quand je vais en forêt, j'écoute les écureuils, partout où je vais dans le monde, j'essaye de capter quelque chose. J'ai écrit « Reggae in Japan » après un séjour à Osaka où j'allais dans les marchés et observais les Japonais. J'écoutais leurs vibrations et leurs comportements. A mon humble avis, c'est de la musique. J'observe quelqu'un qui parle, qui chante, qui réfléchit, qui est même triste, qui attend. C'est de la musique. C'est ce que j'ai besoin de raconter. Moi je suis comme les joueurs de mvet dans l'esprit. Je suis celle qui regarde les choses et les raconte. Je suis comme vous, journaliste, je raconte des histoires. Et j'ai besoin d'ingrédients, et les ingrédients, c'est la vie, c'est le quotidien, c'est le mendjang. Et le mendjang, ce ne sont pas des baguettes de bois qui font « kpwak kpwak kpwak ». Ce sont des baguettes de bambous, avec de l'air dedans, qui font plutôt « poum poum poum ». Comme les calebasses. Les mendjang sont la polyrythmie avec des mélodies puisque le mendjang restitue ce que la bouche chante.
Aller à la rencontre de Anne Marie Nzié comme vous l'avez fait, il y a quelques années, c'était quoi ? Un pèlerinage ? Une allégeance ? Une quête de filiation ?
Partie trop tôt à l'âge de douze ans, je ne me rappelais que de quelques mélodies. Quand je suis revenue avec « Tribu », quelques-uns de mes oncles ont voulu raviver ma mémoire en me demandant si je me souvenais de Anne-Marie Nzié. Ah ! J'en ai tremblé. Ils m'ont dit, « ok, tu vas la voir ». On s'est rencontrées. Je me suis assise à côté d'elle. Je ne sais pas ce que mes oncles lui avaient dit à mon sujet. Peut-être lui avaient-ils dit que je voulais la voir et chanter avec elle. Elle m'a donné des conseils comme une ancienne doit le faire à sa jeune...
A sa fille ?
Oui, à sa fille. J'étais très fière. Elle m'a dit qu'elle était très contente. Elle m'a dit qu'il fallait toujours aimer son travail et que ce qui comptait c'était d'aimer ce qu'on fait. Elle m'a dit qu'elle était contente de voir des filles comme moi qui vont sur ce chemin. Après, elle a fredonné une petite chanson dont elle pensait que j'allais me souvenir de la mélodie. Hélas... Mais j'ai fait jouer mon instinct de musicienne pour essayer de rentrer dans la chanson vers la fin. C'était fabuleux et inoubliable. J'en ai encore les frissons aujourd'hui.
Une génération de jeunes artistes camerounais semble tiraillée : puiser dans le patrimoine ou créer à partir de ce qui, au quotidien et en milieu urbain, nourrit leur sensibilité. Que leur diriez-vous ?
On est plus fort quand on s'appuie sur soi-même. Je suis allée aux Etats-Unis à l'époque des Zap Mama. Al Jarreau nous avait invitées pour ses vingt ans de carrière, je crois. C'était au Carnegie Hall. Il y avait là, la crème de la société américaine. Al Jarreau voulait Zap Mama qui avait assuré la première partie de ces quatre jours de spectacle et de célébration parce qu'il est toujours en quête de racines et d'identité. Zap Mama a écrasé Al Jarreau dans la presse. Mais il était content et venait tout le temps nous voir dans les loges. Sa mission était que ce public américain accepte ces femmes africaines qui venaient chanter pieds nus, qui venaient faire des chants pygmées, qui chantaient la racine du monde. Il en était fier. Je leur dirai, à ces jeunes : soyez vous-mêmes. Ce qui compte, c'est être soi-même, c'est défendre ce en quoi on croit. C'est ce qui pourrait le mieux porter. Ceux qui croient pouvoir porter le rap doivent le faire mieux que ceux qui ont inventé le rap.
Peut-on faire un bilan de votre expérience de productrice au Cameroun ? Quand vous avez produit cette dizaine de jeunes artistes dans « Studio Cameroun », en 2006, un journaliste avisé avait écrit « Sally Nyolo se reproduit »...
C'est resté un vœu pieux. Comme mes tantes ont branché plein de choses en moi, je voudrais, à mon tour, brancher plein de choses à plein de jeunes. C'est comme les enfants. A l'époque, j'étais venue pour leur dire que tous ceux qui ont envie de travailler ce que les anciens avaient laissé, ceux qui s'intéressent au mendjang, au mvet oyeng, au langage du nkul, à la guitare balafon, venez me voir. Je le veux toujours et j'espère que ça va finir par se passer de façon fluide. Travailler la musique, ce n'est pas instantané, ce n'est pas avoir la science infuse. C'est plutôt comme une bonne nourriture à partager. Il faut qu'il y ait des goûts communs et que l'on ait envie de manger la même chose. Et on ne sait pas où on va. C'est comme les funambules qui peuvent tomber. Mais le musicien a la certitude de marcher sur le fil et d'arriver à l'autre bout. J'ai besoin de tels musiciens, pas de musiciens qui imaginent que d'être musicien suffit à arriver. Ce n'est pas vrai. On met quinze ans avant d'arriver à faire une carrière.
Cette expérience ne semble pas avoir été très heureuse et d'ailleurs, dans le sillage, vous avez été attaquée dans la presse à la fois par ces jeunes musiciens et par ceux, plus anciens, qui vous avaient accompagnée dans votre propre carrière. Et on ne vous a jamais entendue là-dessus.
Oui, je ne leur ai pas répondu parce qu'ils n'avaient malheureusement pas compris, ils ne comprennent pas. J'y ai perdu énormément et j'y ai même perdu la parole, comme vous le laissez entendre. J'étais hagarde dans mon coin, à me dire « mince, tant d'investissements et on ne comprend pas » ? Hormis l'investissement financier, hormis l'investissement physique puisque, pendant ce temps-là, je n'ai pas défendu les produits de Sally Nyolo. J'étais sur place à me battre, à essayer de construire cette chose, à transmettre. Je me disais « mince, on ne voit pas qu'on a quelque chose de plus fort » ? Et les choses ne viennent pas instantanément. On n'a même pas défendu ce produit. On a fait un concert et les gens ont cru qu'ils avaient déjà tout fait. Il est de mon devoir de travailler et de transmettre un côté professionnel qui manque. Il faut que nos artistes s'y mettent. Il faut qu'un cadre se mette en place pour que nos artistes puissent évoluer. Dans l'avenir, j'espère trouver des partenaires conséquents pour aider à apporter à ces artistes des cadres adéquats. Quand on a investi de l'argent, le produit ne doit pas finir dans un tiroir comme ça a été le cas pour « Studio Cameroun ».
Les plus anciens, Mama Andela et Andjeng Pantaléon vous ont, avec amertume, traitée de tous les noms, non sans vous accuser de les avoir exploités...
Andjeng Pantaléon n'a pas eu de chance même s'il en a eu plus que les autres. Lui, on l'a amené en Europe. Il a fait dix tournées. Il était soutenu. J'avais un tourneur, une maison de disque, etc. Lui, il venait jouer deux chansons dans mes spectacles et était payé autant que mes musiciens pendant une tournée entière. Il avait des billets d'avion payés pour qu'il rentre au Cameroun et revienne en Europe un mois plus tard. Mais au lieu de rester dans ce cadre, il s'est mis dans la clandestinité. Je ne peux pas travailler avec des gens qui ne sont pas dans ce que j'appelle des cadres. On ne pouvait plus le trouver et travailler avec lui. Pour ce qui concerne Mama Andela, elle n'a jamais eu de contrat à proprement parler parce qu'elle était guest. On a ensuite eu « Studio Cameroun » et les artistes qui ont participé n'en n'ont pas compris les enjeux. J'ai investi une compilation où chacun venait avec une chanson. J'ai investi de l'argent et je les emmenés en concert en Europe pour qu'ils présentent cet album. Ils ont cru que le monde était déjà à leurs pieds alors qu'il fallait encore faire de la promotion. C'est alors qu'ils sont allés à la presse dire des mauvaises choses. Donc, j'ai arrêté de travailler sur cet album. Et les exemplaires qui devaient être distribués au Cameroun se trouvent chez Odile Ngaska. Elle en a 3 000. Elle les garde jusqu'aujourd'hui. Voilà la vérité.
Vous en avez été blessée ou déçue ?
C'était très décevant. J'avais cru avoir trouvé des artistes. Mama Andela par exemple, une ancienne, je l'avais travaillée pendant des années. Un morceau d'elle, c'était déjà bien pour la présenter au monde. Et elle m'avait motivée à trouver quelques autres pour une compilation de dix artistes. C'est blessant parce que c'est du temps perdu. J'en avais parlé dans la presse. J'étais prête à les faire signer chez une major, un à un, indépendamment. Les avoir dans une compilation, c'était déjà bien. Pour Mama Andela, j'avais déjà enregistré des séquences de morceaux d'elle qui dorment aujourd'hui. Elle était venue avec un groupe de femmes qui jouaient des balafons et que j'avais motivées pendant des années pour qu'elles comprennent qu'elles pouvaient faire quelque chose de bien. C'est dommage que l'on ait arrêté ça pour des incompréhensions.
Cet épisode vous a, dit-on, un peu fâchée avec vos compatriotes camerounais...
Oui, oui, oui. Mais, c'est la vie. On ne rencontre pas toujours des gens qui comprennent instantanément ce que l'on a envie de faire. Mais cela ne m'a pas déstabilisée. Ça ne m'a pas enlevé l'envie de faire ce que je voulais depuis de longues années pour le Cameroun. Le Cameroun est vaste. Ça m'a même donné la force puisque j'ai pu le faire avec une Japonaise, Anyango, qui chante en eton, qui s'intéressait à notre pays et à notre culture. Un artiste, c'est quand on commence à s'ouvrir et à avoir envie de l'autre. Je connais des artistes, et je ne citerai aucun nom, qui n'ont pas du tout envie de collaborer ou de regarder ce que font les autres.
Jusqu'où va votre amitié, jusqu'ici musicale, avec les pygmées dont la condition constitue à présent, au Cameroun et en Afrique centrale, un problème ?
Je veux m'intéresser à leur condition puisque mon amitié avec eux n'est pas que de faire de la musique avec eux. D'ailleurs, c'est très drôle, parce que la dernière fois que je suis allée leur faire une visite surprise, il y avait un membre du gouvernement qui était également là. Nous avons échangé nos cartes. Je veux m'intéresser à eux. Ils font partie de ma famille parce qu'ils m'ont toujours donné bien au-delà de la musique, l'esprit. Et je me bats pour que leur esprit demeure. J'ai parlé à beaucoup de chefs pygmées dont certains sont décédés aujourd'hui. Ils m'ont laissé des choses que je voudrais perpétuer. J'ai envie de travailler sur des albums et de reverser des droits au bénéfice des forêts, sanctuaires comme vous le savez, de la vie, de la culture et de la cosmogonie pygmée. Je suis en train de travailler avec des artistes très populaires en France. On a déjà enregistré un album que nous allons proposer à une major, vous pouvez imaginer laquelle. Les droits seront reversés en faveur des pygmées pour lesquels je veux me battre. Je suis d'ailleurs allée les revoir récemment et leur ai dit que lorsqu'ils écouteront l'album, ils comprendraient que j'ai fait ce que j'avais promis.























