Femmes Kpables en Culture
Découverte: Le gospel de Marie Lissom
La jeune chanteuse propose une musique qui, bien que d'inspiration chrétienne, fédère au-delà des temples et églises.
Peut-être avez-vous déjà regardé le clip. On y voit Marie Lissom, ses choristes, danseuses et musiciens donner vie à la chanson « Jop ». Un beau clip avec lequel la jeune chanteuse s'invite chez les mélomanes qui la découvrent peu à peu.
Un album, « Mé Bélé Mé Ba », produit par Saya Records, est dans les bacs. Ce premier enregistrement, réalisé avec pas grand-chose, est la carte d'identité de la chanteuse ou sa profession de foi. Vous avez dit foi ?
C'est le bon mot pour une fille tombée très jeune dans la musique gospel. Yolanda Adams, Sissy Winans, Donnie McClurkin... Mais aussi Whitney Houston et Black Box. « Je courais partout où il y avait de la musique », se souvient-elle. Et dès ses 15 ans, Marie chante dans les chorales. Seulement, à la maison, à Yaoundé où elle est née, un drame survient et lui arrache sa mère deux ans plus tôt. Le père de cette famille modeste, lui, est décédé quelques mois avant la naissance de sa Marie.
Rien à voir avec ces légendes dont on aime à enjoliver les histoires des artistes pour les rendre plus sympathiques. Ça ne s'arrange pas lorsque Marie, elle-même, tombe malade. Un mal mystérieux, comme il en arrive souvent dans nos contrées. D'hôpital en rebouteux, de médicaments en poudre de perlimpinpin, ça ne va toujours pas. Jusqu'à ce que jeûnes et prières, en quelques semaines, permettent à celle qui avait perdu l'usage de ses jambes de remuer les orteils. Puis, le reste. Marie, qui était une petite fille toujours triste, revient à l'Eglise qu'elle avait quittée un temps. « J'avais alors demandé à Dieu de me donner la santé et j'avais fait la promesse de le servir ».
Odile Ngaska
Les chorales ne demandent que ça, où Marie trouve un équilibre « technique et spirituel ». Et la première chanson, « Mé Bélé Mé Ba », arrive, comme par une révélation. En langue bassa, elle veut dire « que serai-je si tu n'avais pas été là ». L'interlocuteur est bien identifié. Dans cette destinée singulière, les choses se mettent en place d'elles-mêmes. Marie rencontre Odile Ngaska, grande dame du gospel local, qui en fait presque sa fille. Et apprend à chanter à cette alto, à coups de vocalises et autres exercices. Odile forge une artiste qui « rêve de scènes, de grandes plates-formes, de festivals ».
D'autres rencontres suivent. Corry Denguemo et le Macase l'encadrent. Bientôt, elle fait des chœurs çà et là pour des artistes confirmés, assure ses premières scènes et se frotte à cet univers qui l'attire. Vers lequel elle va, cependant, avec des convictions bien chevillées au corps. Mais, elle est loin, l'époque où la musique chrétienne se contentait de débiter les hosannas sans se préoccuper d'harmonie. L'essentiel, c'était le message. Voici une jeune femme qui chante sa spiritualité dans une offrande musicale recherchée et élaborée.
Celle qui s'imagine en Miriam Makeba, Were Were Liking ou Anne-Marie Nzié se donne les moyens de son ambition. Porter haut la musique chrétienne et les valeurs africaines. Ça tombe bien. Chez nous, l'acculturation a fait place à un certain syncrétisme. Marie Lissom, la trentaine, s'initie au balafon, au tam-tam et à la calebasse. Dans ce projet esthétique qui fait la part belle à l'amour et à la paix, rythmes traditionnels du pays bassa, afro beat, high life se marient à ce gospel qui fédère et ratisse large. Pour donner une musique qui serait à l'étroit dans les églises et les temples. Cette musique ouverte tend la main aux mélomanes qui, eux, tendent de plus en plus l'oreille.




























